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TVXQ : les cinq dieux déchus qui ont réécrit les lois de la K-pop 🌅

Cinq garçons, un contrat de treize ans, un procès qui a changé l’industrie entière — et un duo qui, vingt-trois ans plus tard, s’apprête peut-être à faire reparler de lui.

Prologue — Une rumeur, et vingt-trois ans d’histoire derrière elle

Ce soir, quelque part entre Séoul et les fils de discussion dispersés aux quatre coins du monde, une rumeur circule : un nouveau titre pourrait tomber en juillet. Ce n’est pas la première fois qu’on parle d’un retour de TVXQ, et ce ne sera sans doute pas la dernière. Sur les forums de fans, une question revient sans cesse ces dernières semaines : le groupe pourrait-il connaître un nouveau souffle ? Les réponses, nombreuses et parfois contradictoires, dessinent le portrait d’un fandom tiraillé entre nostalgie intacte et lucidité amère.

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de ce duo devenu légende vivante de la K-pop, il faut remonter vingt-trois ans en arrière, à une époque où l’industrie musicale coréenne n’était encore qu’une promesse régionale. Cinq adolescents allaient, sans le savoir, poser les fondations d’un genre musical mondial — et, quelques années plus tard, déclencher malgré eux le procès qui allait forcer toute une industrie à revoir ses règles.

Acte 1 — 2003 : la naissance des « dieux montants de l’Est »

Tout commence par un casting. Entre 2002 et 2003, la SM Entertainment réunit un groupe de jeunes danseurs et chanteurs repérés séparément, dans la lignée de ce qui a fait le succès de H.O.T. et Shinhwa quelques années plus tôt. Plusieurs noms sont envisagés pour ce nouveau projet avant que l’agence ne retienne Dong Bang Shin Ki, littéralement « les dieux montants de l’Est ».

Le groupe se présente pour la première fois au public le 26 décembre 2003, lors d’un showcase aux côtés de BoA, déjà star confirmée de la maison SM. Leur premier single, Hug, sort en janvier 2004 et grimpe en tête des classements coréens trois mois seulement après leurs débuts.

Ce qui frappe d’emblée les observateurs de l’époque, c’est l’exigence vocale du groupe — cinq chanteurs capables de tenir l’a cappella, une rareté dans un paysage encore dominé par le clip et la chorégraphie. C’est cette base vocale qui va leur permettre, quelques années plus tard, une chose qu’aucun groupe coréen n’avait réussie jusque-là : conquérir le marché japonais sur la durée.

Acte 2 — La conquête du Japon et le règne de la deuxième génération

Le débarquement japonais de 2005 ne se fait pas sans mal. Sans la notoriété acquise en Corée, TVXQ doit repartir de zéro : petites émissions, radios locales, tournées de promotion discrètes. Le déclic vient de Rising Sun, sorti la même année en Corée du Sud, qui installe durablement le groupe au sommet des classements.

Les années 2006 et 2007 sont celles de la construction méthodique d’un empire régional. Puis vient 2008, année charnière : avec leur seizième single japonais Purple Line, TVXQ devient le premier groupe masculin étranger à décrocher la première place de l’Oricon. Quelques mois plus tard, avec Doushite kimi wo Suki ni Natte Shimattandarō?, le groupe devient le premier acte étranger à placer trois singles consécutifs en tête de ce même classement. En Corée, l’album Mirotic impose définitivement TVXQ comme le groupe masculin dominant de sa génération, et le groupe devient le premier acte sud-coréen invité au très fermé Kōhaku Uta Gassen.

Ce que cette réussite dit, au fond, c’est la difficulté du pari initial. Le Japon résiste à presque tout : son industrie musicale reste l’une des plus fermées du monde, et des dizaines d’artistes étrangers avant TVXQ y ont tenté leur chance sans jamais s’y installer durablement. TVXQ, lui, ne lâche rien : année après année, tournée après tournée, le groupe apprend la langue, respecte les usages locaux sans renoncer aux siens — et le public japonais finit par céder. Ce sont ces années-là qui font de TVXQ l’archétype de la deuxième génération d’idoles coréennes. Nous racontons cette bascule générationnelle plus en détail dans notre série consacrée aux cinq générations de la K-pop, où TVXQ ouvre justement le chapitre sur la deuxième génération.

Acte 3 — 2009 : l’anatomie d’un contrat d’exclusivité

Le 31 juillet 2009, trois des cinq membres — Jaejoong, Yoochun et Junsu — déposent une plainte contre la SM Entertainment. L’annonce fait immédiatement chuter le cours de l’action de l’agence de 10 % en bourse.

Le contrat initial, signé alors que les membres sont mineurs ou tout juste majeurs, prévoit une durée de treize ans, renouvelable. Les trois plaignants affirment n’avoir perçu qu’une fraction infime des revenus générés par leurs ventes d’albums, et n’avoir pas été payés depuis plusieurs mois, dans un rythme de travail jugé intenable entre la Corée, la Chine et le Japon.

La réaction du fandom est immédiate : une pétition de près de cent vingt mille signatures est envoyée au tribunal, tandis qu’une partie des fans lance un boycott des produits dérivés de l’agence coréenne. En octobre 2009, la justice donne partiellement raison aux trois plaignants. Le 31 décembre 2009, les cinq membres se produisent ensemble pour la toute dernière fois, à Tokyo. Le 14 avril 2010, la naissance de JYJ est officialisée : la scission est consommée.

TVXQ n’est d’ailleurs pas seul dans cette bataille. La même année, Han Geng, seul membre chinois de Super Junior, dépose à son tour une plainte séparée contre la SM Entertainment, pour des motifs quasi identiques.

Acte 4 — Ce que le procès TVXQ a changé pour toute la K-pop

L’exposition publique de ces « contrats d’esclavage » a nourri un débat national en Corée du Sud. Portés ensemble, les dossiers TVXQ et Han Geng poussent la Commission coréenne du commerce équitable à publier une nouvelle réglementation qui s’imposera à toute l’industrie : les contrats d’exclusivité ne pourront plus excéder sept ans, contre les treize ans initialement signés par TVXQ.

C’est l’une des rares fois où un scandale interne à une agence produit une réforme structurelle de tout un secteur. Chaque groupe débarqué depuis évolue dans un cadre contractuel directement façonné par ce que Jaejoong, Yoochun et Junsu ont porté devant la justice en 2009 — un épisode que nous détaillons, aux côtés du cas Han Geng, dans notre article consacré à la SM Entertainment. TVXQ ne voulait pas changer l’industrie : ils voulaient être libres. Mais leur procès a, d’une certaine manière, libéré tous les artistes qui viendraient après eux.

TVXQ, groupe
TVXQ

Acte 5 — Le duo qui refuse de disparaître

Le 23 novembre 2010, la SM Entertainment annonce que le nom TVXQ continuera d’exister, porté par le duo Yunho et Changmin. Le 5 janvier 2011, ils reviennent sur scène coréenne. Le 10 et 11 juin 2011, TVXQ se produit pour la première fois depuis la séparation hors d’Asie, au Zénith de Paris.

Sur le plan commercial, la suite est spectaculaire : l’album TONE dépasse les cent mille exemplaires vendus dès le premier jour au Japon, un record pour un artiste étranger. La tournée qui suit, en 2012, reste la plus importante jamais menée par le groupe sur l’archipel : vingt-six concerts, 550 000 spectateurs. TVXQ devient, années après années, le groupe étranger le plus vendeur de l’histoire de l’Oricon, battant des records détenus depuis quinze ans par Elton John et Bon Jovi.

Acte 6 — JYJ, la voie parallèle, et un héritage toujours cité

Pendant que Yunho et Changmin poursuivent leur carrière sous la bannière SM, Jaejoong, Yoochun et Junsu tracent leur propre chemin sous le nom de JYJ. Il faut attendre le 28 novembre 2012 pour que les deux parties parviennent à un accord amiable, trois ans après le dépôt de plainte initial.

En 2014, pour leurs dix ans, TVXQ sort Tense puis l’album japonais Tree, qui dépasse les 200 000 exemplaires vendus en une semaine. Vient ensuite le service militaire obligatoire, entre 2015 et 2017. Depuis, les carrières solo prennent le dessus. TVXQ est aujourd’hui cité, par une partie du fandom K-pop, comme la référence dont s’inspirent BTS ou les groupes des générations suivantes — un statut de pionnier qui semble aussi les avoir installés dans une forme de mise à l’écart dorée.

Par où commencer ? Si l’on devait ne garder que deux disques de leur discographie à cinq, ce seraient sans doute Mirotic (2008) et The Secret Code (2009) — le sommet coréen et le sommet japonais d’une même trajectoire, juste avant la scission. Mirotic reste trouvable : sur Amazon France ou, en import, sur CDJapan. The Secret Code se trouve aussi : sur Amazon France, ou en édition spéciale 2CD+DVD sur CDJapan.

Ce que l’on retrouve, vingt-trois ans après leurs débuts, dans les discussions de fans les plus récentes, c’est une affection qui n’a jamais faibli, mêlée à une lucidité plus dure : celle de savoir qu’on a aimé ces cinq voix pendant des années sans toujours mesurer, à l’époque, dans quelles conditions elles travaillaient réellement.

Épilogue — Le temps presse

La SM Entertainment a confirmé qu’U-Know Yunho publiera un nouveau single solo, Time’s Tickin’, le 20 juillet 2026. Il ne s’agit pas d’un retour du duo TVXQ en tant que tel, mais d’une nouvelle étape solo pour son leader. Sohakorea.com suivra ce dossier de près.

Où précommander ? Le single Time’s Tickin’ de U-Know Yunho (TVXQ) est disponible en précommande sur Amazon France.

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