BIGBANG : l’ascension, la chute et le retour des rois de la K-pop

Par Stéphane, directeur artistique de Soha Korea — vérifié et sourcé pour 2026

Prologue

Dimanche 19 avril 2026, weekend 2 de Coachella, désert de Californie. Trois hommes montent sur scène devant une foule qui n’attendait plus vraiment de les revoir ensemble. G-Dragon, Taeyang, Daesung. BIGBANG ne s’était pas produit en formation complète depuis sa tournée Last Dance de 2017 — neuf ans, presque une génération entière à l’échelle de la K-pop. Daesung le dit sans détour : ce soir n’est pas un simple comeback, c’est un « reset ». G-Dragon confirme ce que les fanbases chuchotaient depuis des semaines : un nouvel album, le premier en plus d’une décennie, pour célébrer vingt ans de carrière. Une tournée mondiale, baptisée BIGSHOW: REBORN, est annoncée pour août 2026, entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Pour comprendre le poids symbolique de cette scène californienne, il faut remonter vingt ans en arrière, dans les salles d’entraînement de la YG Entertainment à Séoul — et traverser une histoire faite d’autant de records battus que de scandales qui ont failli, à juste titre, tout emporter.

Les cinq membres de BIGBANG : Daesung, T.O.P, G-Dragon, Taeyang, Seungri

Acte I — La fabrique (2005-2006)

Six adolescents entrent en formation chez YG Entertainment en 2005. L’un d’eux, Jang Hyun-seung, est jugé trop timide et écarté du projet ; il rejoindra plus tard le groupe Highlight. Les cinq autres sont filmés pour un programme de télé-réalité sur MTV Korea, pensé pour créer l’attente avant même le premier single. Le 19 août 2006, à l’occasion d’un concert de la YG Family à Séoul, BIGBANG fait ses débuts officiels.

S’ensuit une stratégie inhabituelle pour l’époque : trois EPs sortent coup sur coup entre août et novembre 2006 — Big Bang, Big Bang Is V.I.P, Big Bang 03. This Love, reprise de Maroon 5 entièrement réécrite par G-Dragon, s’écoule à 40 000 exemplaires et grimpe en tête des classements. En décembre, le groupe donne son premier concert, The Real. La compilation Since 2007, publiée dans la foulée, dépasse les 100 000 ventes. Le groupe est prometteur, mais reste, à ce stade, un produit d’agence parmi d’autres, à mille lieues du statut qu’il visera dix ans plus tard.

Le nom de leur fandom, « V.I.P », apparaît dès cette période et deviendra l’un des plus actifs de la k-pop de deuxième génération, aux côtés de ceux de TVXQ et Super Junior. C’est aussi le moment où le style vestimentaire des membres — en particulier celui de G-Dragon, déjà repéré aux abords des défilés de mode — commence à circuler dans la presse people bien au-delà du public k-pop habituel.

Acte II — Le règne coréen, puis japonais (2007-2011)

Tout bascule avec l’EP Always, en 2007. G-Dragon y écrit et compose plusieurs titres, dont le single Lies, qui devient le premier vrai tube du groupe : numéro un pendant six semaines, 120 000 exemplaires vendus, prix de « chanson du mois » aux Cyworld Digital Music Awards deux mois d’affilée. Hot Issue, quelques mois plus tard, confirme l’élan. Mais le succès a un coût : plusieurs membres sont hospitalisés pour épuisement, contraints d’annuler des activités promotionnelles.

En 2008, BIGBANG exporte sa musique au Japon avec l’EP For the World, qui atteint la dixième place de l’Oricon. De retour en Corée, Stand Up et son single Day by Day placent cinq chansons du groupe dans le Top 20 coréen simultanément. 2009 marque une pause studio : les membres partent en solo, G-Dragon sort Heartbreaker, Taeyang enchaîne les singles, T.O.P se fait remarquer à l’écran dans le drama Iris. Daesung, lui, est victime d’un accident de la route qui l’éloigne des activités pendant plusieurs semaines.

Fin 2010, la première sous-unité du groupe, GD&TOP, sort un album complet de onze titres — une configuration alors rare dans l’industrie, presque expérimentale pour l’époque. Le retour en groupe, en février 2011 avec le mini-album Tonight, est un raz-de-marée : première place sur tous les classements coréens, plus de 7 milliards de wons de recettes en une semaine. Aux MTV EMA 2011, BIGBANG devient le premier groupe sud-coréen à remporter le prix du meilleur groupe international, porté par plus de 58 millions de votes de fans, damant le pion à des candidats internationaux comme Britney Spears. La même année, un scandale lié à la marijuana implique G-Dragon et pousse YG à suspendre les activités japonaises du groupe — un épisode qui, avec le recul, préfigure des turbulences bien plus lourdes.

Entre 2013 et 2014, le groupe entre dans ce qu’on pourrait appeler sa période la plus individuellement prolifique. Daesung cartonne en solo au Japon avec l’album D’scover et une tournée qui doit rallonger ses dates faute de places disponibles. G-Dragon sort Coup d’Etat, qui entre dans le classement Billboard World Albums. Taeyang dévoile Ringa Linga puis l’album Rise, dont le single Eyes, Nose, Lips reste numéro un des classements coréens pendant plus d’un mois — et Taeyang devient, avec ce titre, l’un des premiers chanteurs asiatiques à intégrer le top 3 du classement R&B d’iTunes aux États-Unis. T.O.P, de son côté, mène une carrière d’acteur parallèle (Commitment, Tazza 2) tout en sortant le single décalé Doom Dada. Cette capacité à briller individuellement, sans jamais menacer la cohésion du groupe, est l’un des traits qui distingue BIGBANG de la plupart de ses contemporains.

BIGBANG en concert lors de la tournee MADE, pour leurs 10 ans

Acte III — L’apogée mondiale (2012-2015)

En 2012, l’EP Alive et son single Fantastic Baby installent BIGBANG au sommet absolu. Le clip devient l’un des tout premiers clips k-pop à franchir les cent millions de vues sur YouTube. Le groupe part en tournée mondiale dans seize pays, de l’Asie à l’Europe en passant par les Amériques. Les récompenses s’accumulent : Golden Disk, artiste de l’année et meilleur groupe masculin aux MAMA.

2015 est l’année de MADE, un pari éditorial inédit : quatre volets diffusés à raison d’un par mois, de mai à août — M (Loser, Bae Bae), A (Bang Bang Bang, We Like 2 Party), D (Sober, If You), puis E (Let’s Not Fall in Love, accompagné du retour de la sous-unité GD&TOP sur Zutter). Chaque sortie domine les classements coréens et asiatiques semaine après semaine, et le single E se hisse en tête des ventes iTunes dans seize pays différents. En juillet 2017, BIGBANG devient le premier groupe sud-coréen à cumuler neuf clips à plus de cent millions de vues, et la même année franchit la barre des sept millions d’abonnés YouTube — une première pour un groupe k-pop. Forbes classe le groupe parmi les cent célébrités les plus influentes au monde ; BIGBANG devient le troisième boys band le mieux payé de la planète, derrière One Direction et les Backstreet Boys, devançant des groupes occidentaux au rayonnement bien plus large comme Maroon 5.

Le 20 août 2016, pour leurs dix ans, BIGBANG remplit le Stade de la Coupe du monde de Séoul devant plus de 65 000 spectateurs — le plus grand public jamais réuni pour un concert solo en Corée du Sud. Dans une interview donnée à cette occasion, G-Dragon confie : « Honnêtement, je ne suis pas prêt à descendre du sommet. » Seungri, lui, résume dix ans de carrière par une phrase qui prendra, trois ans plus tard, un tout autre sens : « Le plus grand bonheur de ces dix années, c’est que nous sommes restés ensemble tous les cinq. »

Acte IV — Rois ou légendes ? Ce que j’entends dans les discussions de fans

Le surnom de « rois de la k-pop » colle à BIGBANG depuis le milieu des années 2010 — mais il est loin de faire consensus, y compris chez les fans de k-pop eux-mêmes. Sur un forum consacré aux opinions impopulaires sur la k-pop, un post devenu culte affirme que BIGBANG n’est ni roi ni légende, mais un groupe « qui a dépassé son apogée », dépassé en streams, ventes et pouvoir de fandom par la génération BTS. La réponse de la communauté est massive et, pour l’essentiel, à charge contre cette thèse.

Les arguments qui reviennent le plus souvent : BIGBANG a popularisé le lightstick personnalisé de fandom, normalisé l’idée qu’un idol puisse écrire et composer sa propre musique, initié le format des sous-unités et des comebacks mensuels, importé une influence hip-hop et EDM plus affirmée dans la k-pop mainstream. Plusieurs commentateurs rappellent aussi que des membres de BTS ont cité G-Dragon, Taeyang ou Daesung comme inspirations directes à leurs débuts — Jungkook aurait voulu devenir idol après avoir découvert G-Dragon, V se serait décidé en regardant Daesung interpréter une ballade, Jimin citerait Taeyang comme modèle de danseur. D’autres fans, plus mesurés, nuancent : non, G-Dragon n’a pas littéralement inventé l’idol-auteur-compositeur — des groupes de première génération comme g.o.d écrivaient déjà leurs textes dans les années 1990, et les cheveux teints existaient bien avant lui — mais BIGBANG a indéniablement rendu ce rôle central et désirable, au point de le transformer en standard du genre plutôt qu’en curiosité.

Un fil de discussion plus récent, ouvert par une nouvelle fan cherchant à comprendre ce que le groupe a « réellement changé » dans l’industrie, illustre bien la difficulté à synthétiser cet héritage : les réponses évoquent pêle-mêle le format mini-album généralisé après leur passage, les débuts en solo menés en parallèle de l’activité de groupe, ou encore l’usage précoce de sonorités électro — sans qu’aucune liste ne fasse totalement consensus. Le débat, résumé par un commentaire qui revient souvent, tient en une phrase : « les rois peuvent être remplacés ; les légendes, non. »

Acte V — La chute (2019-2024)

Le 13 mars 2019, en l’espace de deux jours, deux chanteurs coréens annoncent leur retrait du monde du spectacle : Jung Joon-young, révélé par un télé-crochet et sans lien avec BIGBANG, reconnaît avoir filmé des relations sexuelles à l’insu de ses partenaires et partagé ces images sans consentement ; et Seungri, membre de BIGBANG, est soupçonné d’avoir tenté de soudoyer des investisseurs étrangers en leur proposant les services de prostituées. Les deux hommes appartenaient au même groupe de discussion privé, où des vidéos sexuelles non consenties impliquant au moins dix femmes ont circulé, selon la chaîne SBS.

L’affaire dépasse rapidement le cas individuel de Seungri : le Burning Sun, boîte de nuit de Séoul dont il était directeur des relations publiques, fait l’objet d’une enquête distincte pour caméras cachées et usage de drogues destinées à faciliter des agressions sexuelles. Comme le rappelle à l’époque la militante féministe Bae Bok-ju, citée par franceinfo, l’affaire s’inscrit dans un contexte bien plus large que celui de la k-pop : celui d’une Corée du Sud confrontée à une épidémie de « molka » (caméras espion) et traversée par le mouvement #MeToo. L’industrie k-pop, qui vend à l’export une image de perfection irréprochable, encaisse un choc d’autant plus violent que le gouvernement sud-coréen soutient activement ses idoles comme produit culturel national.

Sur le moment, les réactions des fans sont partagées et disent beaucoup de l’ambivalence qu’inspire ce genre d’affaire : certains expriment colère et déception, d’autres refusent tout simplement d’y croire. « J’en ai assez de tout ça et j’en souffre, j’admire Seungri depuis longtemps et il m’a fait sourire dans les jours sombres », écrit une fan sur Twitter à l’époque — une phrase qui illustre, mieux qu’une analyse, la difficulté à dissocier l’attachement à un artiste des faits qui lui sont reprochés.

La justice tranchera plus tard, loin des gros titres de 2019 : en août 2021, un tribunal militaire condamne Seungri à trois ans de prison et une amende d’environ 970 000 dollars pour neuf chefs d’accusation, dont incitation à la prostitution, jeux d’argent illégaux à l’étranger, diffusion de contenus filmés illégalement, détournement de fonds et menaces. La peine est réduite à dix-huit mois en appel en janvier 2022 après reconnaissance de culpabilité, confirmée ensuite par la Cour suprême. Seungri est libéré le 9 février 2023.

Le groupe ne s’en relève pas dans sa configuration originelle. En mai 2023, T.O.P confie s’être « déjà retiré » de BIGBANG ; en janvier 2025, il exclut définitivement tout retour, évoquant le scandale de marijuana survenu pendant son service militaire, une culpabilité persistante et le sentiment d’avoir « trop honte » pour affronter les autres membres. En juin 2023, le contrat de G-Dragon avec YG arrive à échéance sans être renouvelé — il est le dernier membre encore lié au label. En janvier 2024, le profil du groupe est retiré du site officiel de YG Entertainment : sur le papier, BIGBANG n’existe plus.

BIGBANG IS BACK, annonce du retour du groupe pour leur 20e anniversaire

Acte VI — Le retour (2024-2026)

Le 23 novembre 2024, aux MAMA Awards d’Osaka, ce qui devait être une performance solo de G-Dragon se transforme en surprise : les trois membres restants montent ensemble sur scène pour la première fois depuis 2017, sur Home Sweet Home, Bang Bang Bang et Fantastic Baby. Dix-sept mois plus tard, le 19 avril 2026, la confirmation tombe à Coachella : nouvel album à venir et tournée mondiale du vingtième anniversaire, BIGSHOW: REBORN, avec des dates annoncées en Asie, en Europe et en Amérique du Nord à partir d’août 2026.

Le mot de Daesung, ce soir-là — « un reset, pas un simple comeback » — résume assez bien la situation : BIGBANG revient à trois, pas à cinq, porteur d’un héritage aussi contesté que réel, et d’un passif judiciaire qu’aucune tournée ne pourra effacer. Les premières dates de BIGSHOW: REBORN commencent à circuler chez les revendeurs de billets nord-américains dès la fin juin 2026, avec des étapes évoquées à Oakland et au MetLife Stadium du New Jersey — signe que la demande, vingt ans après les débuts du groupe, reste intacte outre-Atlantique.

Conclusion

Vingt ans après leurs débuts, BIGBANG reste un cas d’école difficile à trancher d’un mot. Le groupe a bien inventé ou popularisé des pratiques devenues des standards de l’industrie : le lightstick de fandom personnalisé, l’idol-auteur-compositeur érigé en modèle, le format des sous-unités, les comebacks mensuels. Cette influence, plusieurs générations d’idoles — BTS en tête — l’ont reconnue explicitement. Mais le récit ne peut pas s’arrêter là : le scandale du Burning Sun a révélé, au-delà du cas d’un seul membre, des mécanismes d’exploitation et d’impunité qui dépassent largement la k-pop, dans une industrie où l’image de perfection vendue aux fans masque parfois des réalités bien plus sombres. Les deux vérités coexistent, et aucune n’efface l’autre.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est la vitesse à laquelle le groupe est passé du statut de modèle absolu — celui qui se filmait en 2016 en train d’affirmer sa confiance dans l’avenir — à celui de groupe dissous de fait, rayé des registres de son propre label. Et c’est peut-être là la vraie leçon de cette histoire : dans la k-pop, l’héritage artistique et le passif judiciaire ne s’annulent pas l’un l’autre, ils cohabitent, et c’est au public de faire la part des choses plutôt qu’aux communicants des maisons de disques.

Épilogue — Pour aller plus loin

Pour les lecteurs qui voudraient creuser en images, la chaîne YouTube francophone @vvipuldana propose un travail de fond rare sur le sujet : des portraits individuels de chaque membre et une série en quatre parties retraçant l’histoire complète du groupe de 2006 à 2014. Un vrai travail de fan, précis et bien sourcé, utile à qui veut aller au-delà de cet article.

Pour les fans francophones, la nouvelle la plus concrète reste celle-ci : BIGBANG sera au Stade de France le 19 septembre 2026, pour leur premier concert en France depuis 2017 — le rendez-vous parisien de cette tournée mondiale, à ne pas manquer.

Sources : Wikipédia (fiche BIGBANG), franceinfo/AFP, 13 mars 2019, The Hollywood Reporter, Forbes, NPR, YG-Life (interview 10e anniversaire, 2016), discussions communautaires r/unpopularkpopopinions et r/bigbang (Reddit).

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