« Sur la route de BTS » — le livre qui analyse tout 📖
Seok-Kyeong Hong — traduit par L. Tae-Yeon et J.-C. de Crescenzo — Decrescenzo Éditeurs, coll. Matin clair, 2024, 286 p.
Il y a des livres qui parlent des groupes de musique. Et puis il y a des livres qui cherchent à comprendre pourquoi un groupe comme BTS a pu transformer autant de vies, traverser autant de frontières, et s’installer aussi durablement dans la culture populaire mondiale. Sur la route de BTS appartient résolument à la deuxième catégorie.
Publié en France en juillet 2024 par les éditions Decrescenzo dans la collection Matin clair, cet essai de la chercheuse coréenne Seok-Kyeong Hong n’est ni une biographie, ni un livre de fan. C’est quelque chose de plus rare et de plus précieux : une analyse rigoureuse, portée par une écriture vivante, qui prend au sérieux un phénomène culturel que beaucoup ont trop longtemps mis de côté.
Qui est Seok-Kyeong Hong ?
Seok-Kyeong Hong est docteure en sciences de l’information et de la communication. Elle a enseigné les médiacultures à l’université de Bordeaux 3 avant d’intégrer l’Université nationale de Séoul en tant que professeure. Elle dirige aujourd’hui le Centre de recherche sur le Hallyu — la « vague coréenne » — et bénéficie d’une double culture, française et coréenne, rare et précieuse pour traiter un tel sujet.
Ce qui rend son regard particulièrement intéressant, c’est qu’elle ne prétend pas à la neutralité totale. À plusieurs reprises dans le livre, elle interroge sa propre position : est-elle vraiment chercheuse objective face à BTS, ou est-elle, elle aussi, une forme d’ARMY ? Cette honnêteté intellectuelle traverse tout l’ouvrage et lui confère une authenticité peu commune dans le genre.
| 📚 Fiche du livre Seok-Kyeong Hong, Sur la route de BTS, trad. du coréen par L. Tae-Yeon et J.-C. de Crescenzo, Paris, Decrescenzo Éditeurs, coll. Matin clair, 2024, 286 pages. |
La traduction : un voyage en lui-même
La version française est l’œuvre de deux traducteurs aux profils complémentaires : Tae-Yeon Lee, native coréenne, assure le premier passage du texte original, et Jean-Claude de Crescenzo, sociologue et fondateur des études coréennes à l’université d’Aix-Marseille, intervient en révision sur la langue française.
Ce que de Crescenzo raconte de sa propre expérience avec ce livre est, en soi, une petite histoire dans l’histoire. À 72 ans, spécialiste de la Corée mais novice absolu en matière de K-pop, il a découvert BTS à travers ce travail de traduction — et en a été, selon ses propres mots, « rapidement fasciné ».
« Un professeur ne peut pas passer à côté d’un événement comme celui-ci. J’ai été rapidement fasciné par le phénomène. » — Jean-Claude de Crescenzo, traducteur
Si un sociologue de 72 ans, spécialiste de la Corée, a été ébloui par ce qu’il y a découvert, le livre devrait en dire autant à quiconque veut comprendre BTS au-delà des apparences.
Ce que le livre explore — et ce qu’il révèle
L’ouvrage couvre une période de dix mois de terrain : du concert au stade de Jamsil (Séoul) à la fin août 2018 jusqu’à celui de Wembley (Londres) en juin 2019. Seok-Kyeong Hong est allée à la rencontre des fans à la sortie des concerts, a mené des entretiens, recueilli des témoignages bruts.
Les origines : une K-pop qui réinvente ses règles
Le premier chapitre ne se contente pas de raconter la naissance de BTS. Il retrace l’apparition de la K-pop dans la culture médiatique de l’Asie de l’Est, et montre pourquoi BTS fait figure de pionnier dans un paysage musical qui avait ses codes bien établis. Pour le lecteur européen, c’est une porte d’entrée précieuse sur une industrie au fonctionnement très spécifique.
Les textes : l’essentiel de leur identité
Le deuxième chapitre s’attarde sur ce qui distingue fondamentalement BTS des autres groupes d’idoles : leurs paroles. Seok-Kyeong Hong les qualifie d' »essentiel de leur identité » — et l’analyse qu’elle en fait révèle des niveaux de lecture que l’on ne soupçonnait pas. La stratégie transmédiatique du groupe (clips, mini-films, webtoons, univers BU) y est décortiquée avec précision.
La popularité mondiale : un ressenti universel
Le troisième chapitre est peut-être le plus éclairant pour comprendre pourquoi BTS a résonné sur tous les continents. Issus d’une classe sociale modeste, les sept membres sont devenus le miroir d’une génération entière :
« Poussée dans une concurrence sans fin dès ses années scolaires, passablement démoralisée, avec le sentiment de devenir en grandissant une génération perdue. » — Seok-Kyeong Hong, Sur la route de BTS, p. 140
C’est parce que ce ressenti est universel que BTS a traversé toutes les barrières culturelles et linguistiques. Leur musique n’est pas seulement du divertissement. Elle est perçue, par des millions de jeunes, comme un message d’espoir.
Les ARMYs : une communauté sans équivalent
Le quatrième chapitre est, de l’aveu de nombreux lecteurs, le plus stupéfiant. Les chiffres donnent le vertige : 25 millions de membres dans la communauté officielle sur Weverse en 2024, et le clip le plus populaire du groupe dépasse les 1,78 milliard de vues sur YouTube — dépassant Thriller de Michael Jackson.
Mais ce qui fascine Seok-Kyeong Hong, et qui a fasciné le traducteur de Crescenzo, ce n’est pas le nombre. C’est l’organisation. Les ARMYs ne sont pas simplement des fans. Ils sont des opérateurs, des acteurs, une armée coordonnée qui agit en réseau pour servir une cause commune — et qui dépasse les frontières de religion, de couleur de peau, de nationalité.
« Ce qui est frappant, c’est l’alliance des réseaux sociaux et des phénomènes groupaux comme les ARMYs, destiné et dirigé vers un but bien précis. On croit à un groupe de musique, et le groupe de fans s’organise pour structurer, supporter, développer cette croyance. » — Jean-Claude de Crescenzo, traducteur
Race, genre et nouvelle masculinité
Les deux derniers chapitres emmènent le lecteur vers des territoires moins attendus. Seok-Kyeong Hong défend l’idée que BTS a contribué à modifier la représentation du racisme dans un monde dominé par les Occidentaux — notamment par leurs collaborations avec des artistes noirs américains. Elle argumente ensuite sur ce que BTS propose comme modèle : une nouvelle masculinité, plus douce, plus sensible, plus ouverte, qui bouscule les stéréotypes de genre à l’échelle planétaire.
Pourquoi lire ce livre ?
Cet essai s’adresse à deux types de lecteurs, et il réussit à satisfaire les deux. Les ARMYs et les fans de K-pop y trouveront une lecture analytique de leur passion qui leur donnera des mots et des cadres pour la comprendre et l’expliquer. Les novices y trouveront une porte d’entrée vers une culture qui, si elle a ses fans en Occident, reste largement méconnue du grand public.
« En une seule phrase : ce livre aborde la manière dont le talent individuel et groupal rencontre une machine de guerre marketing, supporté par une communauté très active. » — Jean-Claude de Crescenzo, traducteur
BTS y apparaît pour ce qu’il est vraiment : non pas seulement un groupe de musique, mais un pont entre cultures, un opérateur de sens à l’échelle mondiale. Et peut-être surtout : un témoignage de ce que peut faire une communauté humaine lorsqu’elle se réunit autour d’un objet d’amour commun.
« Être ARMY n’est pas seulement une passion, mais s’érige en mode de vie. » — Seok-Kyeong Hong, Sur la route de BTS
Fiche bibliographique
| Titre | Sur la route de BTS |
| Auteure | Seok-Kyeong Hong |
| Traducteurs | L. Tae-Yeon et Jean-Claude de Crescenzo |
| Éditeur | Decrescenzo Éditeurs |
| Collection | Matin clair |
| Parution (FR) | Juillet 2024 |
| Pages | 286 pages |
| Langue d’origine | Coréen |
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Sur la route de BTS — Seok-Kyeong Hong
Decrescenzo Éditeurs · 2024 · 275 pages · ⭐ 4,6/5 (12 avis)
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Article rédigé par Soha Koréa
